Le leadership selon Jeannine Guindon

Lors de ma formation à l’IFHIM, j’ai découvert la vision du leadership de Jeannine Guindon, fondatrice de l’institut où j’ai été formée. Vision très responsabilisante et très « coach » loin du leader qui sait et qui impose aux autres son point de vue. Jeannine Guindon a créé la psychoéducation.

Parler du leadership chez Jeannine Guindon et à l’IFHIM, c’est parler d’une révolution silencieuse du rapport à soi, à l’autre et au pouvoir. Pas de figures de proue qui dominent, pas d’ego qui s’étale, pas de solutions imposées. Juste une posture : celle de la personne qui a fait son propre travail et qui de là crée un espace de confiance où l’autre peut advenir à lui-même.

1. Qui était Jeannine Guindon ?

Jeannine Guindon (1926-2005) était une pédagogue et éducatrice québécoise qui a marqué le XXe siècle par sa vision du développement humain. Elle a fondé l’IFHIM (Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal) après une carrière de professeure et de formatrice d’éducateurs.

Son approche était novatrice : elle refusait la pédagogie classique basée sur la transmission linéaire, l’obéissance et la conformité. Au lieu de cela, elle a développé une vision que ses étudiants et collègues qualifiaient d’« intégrale » parce qu’elle prenait en compte la personne entière : son affectivité, son intellect, ses sensations, son spirituel, son corps, son histoire.

Ce qui est remarquable, c’est qu’elle a su traduire cette vision dans une pratique, un style de présence, une posture qui peut être transmise, enseignée, vécue. Elle n’a pas écrit des théories compliquées : elle a montré comment être avec une autre personne de façon à ce que cette personne se sente respectée, entendue, capable.

2. Les piliers de la pensée de Guindon

L’éducation comme développement, pas comme remplissage

Pour Guindon, éduquer n’est pas transmettre du savoir comme on verse du vin dans un verre. C’est créer les conditions pour que la personne se développe, accède à sa propre sagesse, fasse ses propres liens. L’éducateur n’est pas celui qui a les réponses ; c’est celui qui pose les bonnes questions, qui crée un climat de confiance, qui remet la personne face à sa responsabilité.

Dans mon coaching, je vois cette logique à l’œuvre chaque jour. Je n’accompagne pas quelqu’un en lui disant quoi faire. Je l’amène à voir ce qu’il ne voit pas, ses forces cachées, ses ressources enfouies. C’est sa vie, son autorité. Je suis simplement le miroir qui l’aide à se connaître mieux.

La personne intégrale

Guindon refusait de fragmenter l’humain. Pas de clivage : le professionnel ici, l’émotionnel là, le spirituel dans un coin. La personne est une unité. Elle apprend avec tout ce qu’elle est.

Cela signifie que quand tu accompagnes un entrepreneur sur sa stratégie commerciale, tu dois aussi honorer ses peurs, ses rêves profonds, ce qui le meut vraiment. Ce n’est pas du développement personnel à part ; c’est la même personne qui a une vision financière ET une sensibilité spirituelle ET des blessures émotionnelles AND du potentiel créatif.

Ignorer cette intégrité, c’est travailler à côté de la personne, pas avec elle.

La responsabilité comme cœur de l’autonomie

Chez Guindon, on ne compatit pas pour compatir. On ne protège pas pour étouffer. On responsabilise. Parce que c’est dans la responsabilité que la personne devient adulte.

C’est dur à dire dans un monde où on préfère laisser quelqu’un dans sa victimitude, compatir à ses malheurs. Mais c’est une fausse bienveillance. La vraie bienveillance, c’est de dire : « Oui, tu as vécu des choses difficiles. Et maintenant, tu as le pouvoir de choisir tes pas. » C’est de respecter la dignité de l’autre en la tenant responsable.

Et si elle chute ? On la rattrape. Mais on la laisse marcher.

3. Le leadership selon la vision de Guindon

Le leadership chez Guindon n’est pas un titre, une position, une capacité à imposer sa volonté. C’est d’abord une présence, une intégrité, une qualité d’être.

Le leader authentique

C’est quelqu’un qui a investi en lui-même. Qui a regardé ses propres ombres, ses limites, ses blessures. Qui n’essaie pas de cacher ses faiblesses derrière un uniforme de « leader fort ».

C’est un adulte au sens noble du terme : responsable de ses actes, capable de différencier ses émotions de son action, qui prend ses décisions dans la clarté, pas dans la réaction.

Et c’est précisément parce qu’il a fait ce travail intérieur qu’il peut créer un espace où l’autre se sent en sécurité. Pas parce qu’il joue un rôle. Parce que c’est vrai.

Le leader crée un espace d’émergence

Il ne gère pas ; il cultive. Il ne dirige pas au sens hiérarchique ; il guide. Il crée les conditions pour que chaque personne dans l’équipe puisse déployer ses talents, ses idées, son autonomie.

Cela exige une confiance radicale en la capacité de l’autre à se déverrouiller, à grandir, à trouver ses réponses. Ce n’est facile que pour celui qui a osé regarder sa propre peur d’abandonner le contrôle.

Le leader respecte le rythme de chacun

Il sait que « un mètre pour tous » ça n’existe pas. Que celui-ci a besoin de temps, que celui-là a besoin d’être poussé, que cet autre a besoin qu’on lui montre que tu as confiance en lui. C’est de l’art, pas de la science.

Et c’est un acte d’humilité : reconnaître que je ne peux pas tout savoir de ce qui se passe en l’autre. C’est pourquoi l’écoute véritable est une posture de leader chez Guindon.

4. Ce que cela signifie concrètement pour un leader aujourd’hui

Le contraste avec les approches traditionnelles du leadership

Leadership traditionnelLeadership selon Guindon
Hiérarchie claireAdultes responsables qui collaborent
Diriger = imposer la volontéSuperviser = accompagner vers l’autonomie
Contrôle des résultatsConfiance en la capacité de chacun
ObéissanceResponsabilité et choix
Leader = celui qui a les réponsesLeader = celui qui pose les bonnes questions
Gestion de la performanceCultiver le développement
Peur et conformitéSécurité et autonomie

Quelques pratiques concrètes

  • La supervision plutôt que la direction : Au lieu de donner des ordres, tu accompagnes la personne à clarifier sa situation, ses ressources, sa stratégie. Tu la supervises, pas tu la diriges. Elle sort plus forte, plus autonome.
  • L’écoute comme fondation : Avant d’agir, tu écoutes vraiment. Pas pour faire semblant. Pas en attente de ton tour de parler. Écouter ce qui vit dans l’autre, ce qui est en jeu pour lui. C’est cela qui crée la relation de confiance.
  • L’invitation plutôt que l’obligation : Tu invites la personne à se surpasser, à regarder ses angles morts, à accepter une responsabilité. Mais tu respectes son choix. C’est cela qui crée l’adulte.
  • La transparence sur tes enjeux : Tu ne mimes pas la perfection. Tu montres ce qui est vrai chez toi, tes limites, tes questions. C’est cela qui crée un espace où l’autre peut aussi être vrai.
  • L’intégrité comme critère de décision : Tu décides à partir de ce qui est juste, pas de ce qui te paraît payant. Et tu le dis. C’est cela qui crée de la confiance durable.

5. Les défis de cette approche

Soyons honnête : cette approche n’est pas facile. Elle demande une maturité émotionnelle et spirituelle constante. Elle s’oppose à tant de réflexes de contrôle, d’impatience, de peur.

Elle demande de donner du pouvoir à l’autre et de vivre avec l’incertitude que cela génère. Car tu ne contrôles pas le résultat si tu laisses la personne autonome.

Elle demande aussi de persévérer quand tu vois quelqu’un flâner, reporter, procrastiner. C’est plus dur de respecter le rythme de chacun que de juste imposer des délais.

Et elle demande avant tout d’avoir fait son propre travail. Parce que sinon, tu n’authentiques pas, tu poses, et les gens le sentent.

6. Conclusion : Un leadership du cœur et de la responsabilité

Le leadership selon Jeannine Guindon est un chemin long. C’est celui de la personne qui a osé regarder ses propres ombres, qui a dit oui à son propre développement, et qui de là crée un espace où l’autre peut aussi dire oui au sien.

C’est un leadership de l’intégrité et de l’autonomie. Pas celui des héros et des sauveurs, mais celui des humains qui se reconnaissent en face à face.

Dans un monde qui crie pour des leaders authentiques, c’est une vision radicale. Pas parce qu’elle est compliquée, mais parce qu’elle est vraie. Et que nous avons oublié comment être vrai.

C’est là qu’est la révolution. Si tu as lu mon article sur le leadership de Jésus ou selon saint Benoît, tu y trouveras des similitudes !

Bibliographie

  • Guindon, J. (1995). Vers l’autonomie psychique : De la naissance à la mort. Éditions Fleurus (réédition 2001, Éditions Science et Culture).
  • Guindon, J. (1970). Les étapes de la rééducation des jeunes délinquants et des autres. Éditions Fleurus (réédition 1995, Éditions Science et Culture).
  • Gendreau, G. (2001). Jeunes en difficulté et intervention psychoéducative. Éditions de l’Université de Montréal.
  • Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal (IFHIM). (2025). Découvrir l’IFHIM : Formation humaine intégrale par l’actualisation des forces vitales humaines. https://www.ifhim.ca

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