Tu aimeras ton prochain comme toi-même…

Qui est mon prochain ? la personne que je côtoie dans ma vie quotidienne…
https://pixabay.com/fr/photos/rencontre-compagnie-coll%C3%A8gues-7366206/

Cette parole de la Bible est souvent mal comprise. D’abord, on l’attribue à tort à Jésus, certes, il la cite mais elle n’est pas “de lui”. Ensuite, on la retourne pour en faire une “obligation d’aimer” tout le monde, au lieu de voir le chemin de fraternité incarnée qu’il permet… 

La parole originelle est  : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” Elle est issue d’un livre peu lu des chrétiens : le Lévitique (au chapitre 19, verset 18). A la manière des dix Paroles, le Décalogue, c’est un mitzvah, un commandement : “tu aimeras ton prochain comme toi-même”. On en a souvent fait une “obligation d’aimer” son prochain à tout prix… Or quand on lit ce qui précèdes cette parole, ce serait plutôt l’inverse, de l’ordre de la fameuse “Règle d’Or”, fondement de toute société humanisante, source fondamentale des droits de l’Homme. On la retrouve dans les sagesses antiques (Egypte, Grèce), au Proche-Orient (judaïsme puis christinisme et Islam) et orientales (hindouisme, bouddhisme, taoïsme, confucianisme)… Je ne connais pas suffisamment les traditions africaines et amérindiennes, mais j’imagine qu’elle existe aussi dans ces traditions. 

Son expression apparaît souvent d’abord par la négative : “Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse” et ensuite est exprimé en positif : “Traite les autres comme tu voudrais être traité.” Et là, nous voyons que le centre est certes l’autre/les autres mais le référentiel est soi-même. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Si je dois “traiter les autres” comme je voudrais être traitée, cela veut dire que je suis la référence… Et donc que je me “traite” bien moi-même ! Et du reste, nous le savons, quelqu’un de dur avec soi-même va être dur avec les autres. Donc, si nous revenons à notre maxime biblique, il y a deux “pointes” dans cette phrase. Certes “tu aimeras ton prochain”, que l’on retient le plus souvent, mais aussi “comme toi-même”, qui suppose que la personne qui se tourne vers l’autre pour l’aimer, s’aime d’abord elle-même… Si elle ne peut pas / ne sait pas le faire, cela va être difficile pour elle de le faire pour un étranger, pour un autre, pour son prochain…

Mais d’abord, que signifie  ton “prochain” ? Le prochain, c’est la personne dont que tu es proche par la vie : les personnes qui partagent ta vie, tes voisins, tes collègues, tes amis, les personnes que tu croises… Cela ne veut pas dire que tu t’entendes avec tous “tes” prochains, mais le prochain, ce n’est pas un/e  inconnu/e à l’autre bout du monde ! C’est la personne que tu côtoies ou que tu croises dans ta vie quotidienne, que ce soit le SDF qui fait la manche à l’entrée du métro, la personne avec qui chante dans ta chorale ou cette étrangère de passage à qui tu indiques sa route. C’est quelqu’un que tu vas voir, même une seule fois (un passant ou par une rencontre fortuite sans suite) ou de façon régulière (une commerçante) ; que tu as choisi de faire ton prochain (comme tes amis/ies, ton conjoint) ou parfois qui est là par les circonstance (parce qu’elle a acheté la maison à côté de chez toi, parce qu’elle travaille dans la même entreprise que toi…). 

Ensuite, il est intéressant de lire les versets qui entourent “tu aimeras ton prochain comme toi-même”, on se rend compte de ce qu’aimer veut dire. Aujourd’hui, aimer a pris un sens quasi uniquement affectif. En gros : “Je t’aime si je ressens quelque chose pour toi”. En fait, dans la tradition biblique, il en n’est pas ainsi. L’amour passe par les actions que je pose, ce que je fais, mon comportement. Ce qui est plein de sagesse ! Voici quelques extraits des versets qui le précède : “13 N’exploite pas ton prochain et ne le vole pas ; la paye d’un salarié ne doit pas rester entre tes mains jusqu’au lendemain ; 14 n’insulte pas un sourd et ne mets pas d’obstacle devant un aveugle 16 ne te montre pas calomniateur de ta parenté et ne porte pas une accusation qui fasse verser le sang de ton prochain.” Tu vois que c’est alors très concrets, on n’est pas dans les belles paroles et belles déclarations d’amour. On pourrait traduire cela autrement en disant : tu aimeras ton prochain quand tu fais ceci, quand tu évites d’agir ainsi…  

Revenir au texte nous permet de voir le “vrai” sens d’une phrase en la remettant dans son contexte (littéralement ce qui va “avec le texte” ) et à sa culture. Combien de fois j’ai entendu ce raccourci fallacieux : “dans l’Ancien Testament, c’était le Dieu qui juge et qui est violent et dans le Nouveau Testament, c’est Jésus et le Dieu de l’amour…” Quand on lit ce verset, considéré par la tradition juive comme le coeur de la Torah, permettez-vous de remettre ce poncif en question ! Méditez de tel texte, de tel chapître nourrissent le coeur et permette de “décider” d’aimer en conscience. Ce qui ne veut pas dire forcément “apprécier” cette personne, mais agir de façon juste envers elle. 

Et pour toi, que signifie aimer ? Quelle tradition, quels textes te nourrissent ? Prends-tu le temps de méditer ? Comment le fais-tu? Qu’est-ce que cela t’apporte ?

#aimer #prochain #règledor #amourde soi #amourduprochain #traditionjuive #jésus

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s