De l’importance du rapport Sauvé et de sa reception !

Jean-Marc Sauvé (à gauche) remet une copie du rapport à l’évêque Éric de Moulins-Beaufort, président de la conférence des évêques de France, le 5 octobre 2021 à Paris © AFP / THOMAS COEX

Le rapport Sauvé est sorti mardi dernier, fruit d’un travail énorme, de recueil de témoignages, d’un travail d’écoute de tant de victimes par tant de personnes de bonne volonté, d’un travail méthodique et patient pour que la lumière soit faite sur cette réalité cachée, dissimulée tant de fois de façon délibérée. Car ce qui comptait était l’apparence de l’Eglise : beaucoup ont décidé de préserver l’image de l’institution au lieu de défendre le plus fragile : l’enfant ! Et ceci contrairement aux paroles même du Jésus qui dit :  » Ce que vous avez fait à l’un de ses petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”  (Matthieu 25,40). En tant que personne et en tant que catholique, je ne peux qu’être dans la gratitude pour ce travail de vérité, qui ne pouvait être fait que par une commission indépendante. Je n’oublie pas qu’elle a été créée à la demande de l’Eglise catholique (la conférence des évêques et des religieux de France). Mais alors que depuis 2001, elle était sensée s’être “emparée” de la question, c’est “l’affaire” Barbarin qui a poussé à la création de cette commission. Le travail des membres de l’association La parole libérée (https://www.laparoleliberee.org/ ) et le très juste film de François Ozon, Grâce à Dieu ont beaucoup contribué à cette mise en lumière de la vérité, “grâce” aux témoignages des victimes du père Preynat. Merci à vous d’avoir osé parlé et ouvert ce chemin de vérité ! 

Je suis scandalisée par cette dissimulation, ces “arrangements” qui ont laissé seuls, dans la souffrance, la culpabilité et le silence tant d’enfants, devenus adultes et portant le poids de ces actes criminels toute leur vie. Chacune est unique.  Chacune – d’une part – n’aurait pas dû subir ces agressions sexuelles, d’autre part, aurait dû être écoutée, soutenue et sa souffrance aurait dû être reconnue. Les autorités (évêques et responsables de communauté ou de congrégation) ont joué un rôle important dans cette dissimulation systématique. Il y a eu aussi beaucoup de naïveté, de minimisation et sans doute de méconnaissance de l’impact de ces actes sur les personnes à long terme. Par exemple, Mgr Gaillot a accueilli les bras grand ouvert dans mon diocèse d’Evreux – sans prendre aucune mesure de prévention –  le prêtre canadien Denis Vadeboncoeur, malgré les avertissements de son ancien supérieur religieux, lui disant qu’il avait commis des actes de pédophilie. Il ne pensait pas mal faire “car il avait confiance et cela faisait vingt ans”. Résultat : de nouveaux enfants ont été agressés sexuellement en Normandie… Le père Vadeboncoeur a fini ses jours en prison, mais combien d’enfants auraient pu être épargnés si des mesures réelles avaient été prises à son encontre dès les premiers faits ! Les conséquences de cet accueil se font sentir jusqu’à aujourd’hui. C’est un exemple parmi tant d’autres. Là, les autorités de l’Eglise ont failli !

Les parents au nom de leur foi “chrétienne” ont eux-mêmes parfois joué un rôle dans ces arrangements et cette dissimulation, préférant “ne pas faire de vague” ou engageant leur enfant à “pardonner”, parfois, ils ont tout simplement été dans le déni de ce qui était arrivé à leur enfant… Le silence est un poison. C’est vrai aussi dans les agressions qui ont lieu dans le cadre familial – qui est malheureusement le contexte le plus fréquent de ce type d’agression. Et je suis aussi triste et en colère de voir le message évangélique si souvent dévoyé. Un jour, alors qu’une amie dénonçait des abus sexuels sur mineur dans un cadre familial, quelqu’un lui a cité la parole de Jésus : “Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales; mais malheur à celui par qui ils arrivent! Il vaudrait mieux pour lui qu’on mît à son cou une pierre de moulin et qu’on le jetât dans la mer, que s’il scandalisait un de ces petits.…” (Luc 17,1-2). Ce quelqu’un était un ancien moine devenu psychiatre, il voulait par cette citation lui faire peur et la culpabiliser de dénoncer le mal, car alors, elle pouvait déclencher un scandale ce qui était – selon lui – opposé à la volonté de Dieu… En fait, son beau-frère était l’abuseur, et ce qui comptait était de ne pas faire apparaître au grand jour ce qui s’était passé. Mais ce n’est pas ce que dit ce passage de l’Ecriture, celui qui créée le scandale ici, c’est “celui par qui ils arrivent”, c’est à dire l’abuseur et non l’abusé !! Combien de Paroles de vie ont été ainsi tournée en parole de mort par leurs auteurs lors de ces abus perpétrés dans l’Eglise par des prêtres, des religieux et des laïcs… 

La question maintenant est de savoir si l’Eglise va VRAIMENT recevoir ce rapport et engagée un changement en profondeur, une conversion qui atteigne son coeur, changeant l’état d’esprit de ses membres et s’engageant par des actes dans la durée pour véritablement changer les choses. Nous avons à revenir à l’Evangile pour que la personne et le plus fragile soit au cœur de l’Eglise, sensée être la communauté de ceux qui suivent Jésus et son Evangile. Ce n’est pas l’institution et son apparence qui doivent prévaloir ! Pour cela, il faut sans doute que chacun saisisse de l’intérieur l’impact de ce qu’ont vécu les personnes abusées de la première agression jusqu’à leur mort..

Il y a deux ans, je déjeunais avec un chrétien engagé de 85 ans du diocèse de Lyon. Nous nous sommes mis à parlé de l’affaire Barbarin et de la pédophilie. Et tout à coup, ce vieil homme habituellement joyeux et paisible, s’est écroulé en pleurs comme un petit garçon. Lui-même avait arrêté pendant de nombreuses années de pratiquer, parce qu’il avait été agressé sexuellement par un prêtre quand il était enfant de chœur. Sa souffrance était vive et présente, alors que les faits dataient de 74 ans pour lui. C’est ce type de souffrance que les membres de l’Eglise doivent entendre, et plus particulièrement tout prêtre ou personne en responsabilité dans l’Eglise doit accueillir en profondeur. Une agression “rapide” dans une sacristie est un poison ineffaçable et souvent, ces faits ont été répétitifs. Ce n’est pas seulement l’agression en elle-même mais toutes les conséquences que cela entraîne pour la personne comme manque de confiance en soi et dans l’autre, comme poids de culpabilité, et comme croyant, comme défiance envers Dieu que cela créée. 

Je suis catholique et j’aime mon Eglise. J’ai été et je suis très choquée quand ses membres abusent de ceux qui lui sont confiés. Les abus sexuels sont une partie de ces abus. Il y a aussi les abus d’autorité dans certaines communautés religieuses, l’absence de droit des religieux face à leur supérieur quand il y a un conflit ou une divergence de point de vue qui maintient le religieux en état de “minorité” permanente au nom de l’obéissance… Le chemin de vérité ne fait que commencer. Le Christ nous dit qu’elle nous rend libre ! Alors, allons-y,  suivons-le, Lui, qui est la Vérité, le Chemin et la Vie ! 

Pour aller plus loin : 

D’abord et avant tout, lisez le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE) : https://www.ciase.fr/ . Elle nous partage des témoignages des victimes, indique ce qui a pu permettre un aussi grand nombre d’agressions et elle donne des recommandations pour en sortir. C’est une mine précieuse pour vraiment et enfin écouter les anciennes victimes de ces abus et voir quel chemin prendre pour sortir de ces abus.  

Vous pouvez aussi écoutez les interviews :  

– de Jean-Marc Sauvé et Antoine Garapon :  https://www.youtube.com/watch?v=g0WUI6HRj-U   

– de soeur Véronique Margron : https://www.franceinter.fr/emissions/une-semaine-en-france/une-semaine-en-france-du-vendredi-08-octobre-2021 

ainsi que beaucoup d’émissions parues à l’occasion de la sortie de ce rapport…

#ciase #pédophilie #abussexuelsdansléglise #église #rapportsauvé

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s