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Qu’est-ce que la psychoéducation ? Ses spécificités par rapport à d’autres approches. En quoi elle peut être utile ? Dans quels domaines ?
A Montréal, la formation que j’ai reçue était de la psychoéducation. Peu connue en France où elle est peu enseigné à l’université, c’est pourtant une démarche pragmatique, positive, adaptative qui tient compte de l’ensemble de la personne, sa dynamique personne, son milieu pour faire face aux défis spécifiques auxquels elle fait face.
La psychoéducation est née au Québec dans les années 1950 autour de Jeannine Guindon, avant de devenir aujourd’hui une approche transversale précieuse en clinique, en milieu scolaire, en protection de l’enfance et dans le travail social. Elle garde le même cœur : accompagner la personne dans son milieu de vie, en misant sur ses forces, ses capacités d’adaptation et le pouvoir du lien éducatif.
1. D’où vient la psychoéducation ?
La psychoéducation est née dans les années 1950 au Canada francophone, autour de professionnelles comme Jeannine Guindon, qui travaillent avec des enfants et adolescents en grande difficulté d’adaptation.¹ Elles constatent qu’un entretien “en face à face” ne suffit pas : il faut agir dans le quotidien, dans les activités, les routines, les relations, pour aider les jeunes à développer de nouvelles façons de faire.²
Peu à peu, la psychoéducation devient une discipline à part entière, avec des formations universitaires et des pratiques professionnelles dans les milieux éducatifs, sociaux et de santé mentale.³ Aujourd’hui, ses principes inspirent de nombreux dispositifs en France et dans le monde francophone, même lorsque le terme “psychoéducation” n’est pas toujours mis en avant.⁴
2. Les grands principes, en mots simples
La psychoéducation est une approche qui aide la personne à mieux comprendre son fonctionnement, ses difficultés et son environnement pour développer des compétences concrètes d’adaptation dans le quotidien. Ce n’est pas une psychothérapie centrée sur l’exploration du passé ou des conflits inconscients, mais un accompagnement actif et pragmatique qui mise sur l’observation, les routines, les aménagements et les expériences correctrices partagées. En résumé : on ne “soigne” pas le symptôme en cabinet, on outille la personne pour qu’elle gère mieux sa vie réelle, chez elle, à l’école ou au travail.
On peut résumer la psychoéducation autour de quelques idées clés :⁵
- Travailler avec la personne, pas seulement sur son symptôme.
- Prendre en compte le milieu de vie : famille, école, travail, réseau social.
- Miser sur les forces et les compétences plutôt que seulement sur les “troubles”.
- Proposer des expériences concrètes et répétées pour apprendre de nouvelles façons de réagir.
Concrètement, cela passe par l’observation du quotidien, la mise en place de routines, d’outils (plannings, carnets, applications), d’activités adaptées, et par une relation éducative stable qui soutient la personne pas à pas.⁶
3. Psychoéducation et santé mentale adulte
La psychoéducation est aujourd’hui largement utilisée en santé mentale, notamment dans les programmes de soins pour adultes.⁷ L’objectif est d’aider la personne à mieux comprendre son trouble, ses réactions, ses signaux d’alerte, et à développer des stratégies pour vivre avec.⁸
Quelques exemples :
- Trouble bipolaire : groupes ou séances de psychoéducation pour repérer les premiers signes d’épisode (manie, hypomanie, dépression), comprendre l’intérêt du traitement, aménager le sommeil, organiser le quotidien et prévenir les rechutes.⁹
- Addictions (alcool, drogues, jeux, écrans…) : travail sur les déclencheurs, les situations à risque, les émotions, les pensées automatiques, avec des plans d’action concrets pour faire face aux envies et reconstruire un mode de vie plus stable.¹⁰
- Troubles anxieux et dépressifs : compréhension du cercle anxiété/évitement, de la spirale dépressive, mise en place de petites actions progressives (exposition, activation comportementale) pour retrouver du mouvement et du sens.¹¹
Dans ces contextes, la psychoéducation se combine souvent avec d’autres approches (thérapies cognitivo-comportementales, travail social, psychothérapie).¹²
4. Neurodiversité : TDAH, TSA et autres profils
Les approches psychoéducatives sont très présentes dans l’accompagnement des personnes neurodivergentes.¹³
- TDAH : travail sur l’organisation (agenda, routines, rappels visuels ou numériques), la gestion de l’attention, la préparation des transitions, la réforme du milieu de vie (bruit, distractions, surcharge de tâches).¹⁴
- Autisme / TSA : structuration du temps et des espaces, supports visuels, anticipation des changements, construction de stratégies pour gérer la surcharge sensorielle et sociale.¹⁵
- Troubles des apprentissages / élèves à risque : soutien à la motivation, adaptation des consignes, décomposition des tâches, renforcement des réussites, travail en lien avec l’école et la famille.¹⁶
Dans tous ces cas, la psychoéducation permet de sortir d’un discours centré sur le “défaut” pour aller vers une meilleure compréhension de son fonctionnement et des ajustements possibles dans le quotidien.¹⁷
5. À quoi cela ressemble pour la personne ?
Pour rendre les choses plus concrètes, une démarche psychoéducative peut ressembler à ceci :¹⁸
- On commence par faire le point : ce qui est difficile, ce qui fonctionne, les contextes où ça va mieux ou pire.
- On identifie les objectifs : mieux dormir, diminuer les crises, aller au travail ou à l’école plus sereinement, réduire la consommation, etc.
- On met en place de petits changements testés dans le quotidien : nouvelles routines, outils, aménagements, nouvelles façons de réagir.
- On observe ce qui marche ou non, on ajuste, on recommence : c’est un travail de co-construction, dans la durée.
La personne n’est pas “objet de soins” mais actrice du processus ; la psychoéducation vise à renforcer son sentiment de contrôle et sa capacité à faire des choix éclairés.¹⁹
En conclusion, cette approche est précieuse car elle est holistique, concrète et s’appuie sur les ressources de la personne. Personnellement, elle me sert sans cesse en coaching. En rejoignant l’UNAFAM, j’ai aussi découvert qu’elle est utilisée en santé mentale ce qui est aussi précieux : apprendre à se comprendre avec la maladie qui nous atteint pour mieux fonctionner soi-même et au sein d’un milieu est vraiment un cadeau utile et précieux !
Dans un monde marqué par l’accélération, la pression et la multiplication des injonctions, la psychoéducation offre un cadre solide et humanisant. Elle remet la personne au centre, dans sa globalité, et lui redonne la capacité de comprendre ce qu’elle vit pour mieux agir.
Fondée par Jeannine Guindon, la psychoéducation continue aujourd’hui d’inspirer de nombreuses pratiques d’accompagnement. Elle rappelle que le développement humain est un chemin, et que la connaissance de soi est un levier essentiel pour vivre de manière plus consciente et plus libre.
Bibliographie
- Jeannine Guindon, « Psychologie et psychoéducation », Paidéia, 1999.
Transcription de sa présentation orale de 1971 devant le conseil de la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Montréal. Ce texte fondateur justifie la reconnaissance de la psychoéducation comme discipline autonome, distincte de la psychologie, en posant ses bases épistémologiques et méthodologiques. Document historique essentiel. https://www.scielo.br/j/paideia/a/gXJdQHYdbvwY3W5dSv9zbfv/?lang=fr - Jeannine Guindon, L’actualisation des forces du moi, Éditions du Centre de psychologie et de pédagogie, Montréal, 1974.
Ce livre fondateur pose les bases théoriques de la psychoéducation en identifiant les « forces constituantes du Moi » (corporelles, productives, adaptatives, sociales). Il montre comment les mobiliser à chaque stade du développement pour favoriser l’équilibre psychique et l’adaptation. Ouvrage clé pour comprendre l’origine des pratiques psychoéducatives québécoises.
- Jeannine Guindon, Vers l’autonomie psychique. De la naissance à la mort, Éditions Sciences et Culture / Béliveau Éditeur, Montréal, 2001.
Cette œuvre majeure élargit la théorie des forces du Moi en une architecture complète du développement humain sur toute la vie. Elle structure cinq niveaux d’organisation psychique et leurs applications concrètes en éducation et clinique. Reference incontournable pour les praticiens actuels.
- Gilles Gendreau, Pour une pédagogie du milieu de vie, Éditions Sciences et Culture, Montréal, 1995.
Gendreau théorise le « vécu éducatif partagé » comme cœur de la psychoéducation, au-delà des internats vers tous les contextes de vie. Il insiste sur l’intervention dans le quotidien concret pour développer des compétences d’adaptation. Complément parfait au modèle théorique de Guindon.
- Irina Bordunova, « La psychoéducation : perspectives d’avenir », 2025.
Article prospectif qui clarifie la terminologie, les assises théoriques et les opérations professionnelles de la psychoéducation. Propose un nouveau modèle de structure d’ensemble (préintervention, vécu partagé, postintervention) et des pistes pour sa reconnaissance scientifique internationale. Synthèse contemporaine indispensable. https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2025/11/La-psychoeducation-perspectives-de-lavenir.pdf
Notes
- https://en.wikipedia.org/wiki/Jeannine_Guindonwikipedia
- https://psyced.umontreal.ca/departement/quest-ce-que-la-psychoeducation/psyced.umontreal
- https://institutdepsychoeducation.com/lhistoire-de-la-psychoeducation/institutdepsychoeducation
- https://ordrepsed.qc.ca/ordre/historique/ordrepsed
- https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2025/11/La-psychoeducation-perspectives-de-lavenir.pdfpierrepotvin
- https://psyced.umontreal.ca/departement/quest-ce-que-la-psychoeducation/psyced.umontreal
- https://www.erudit.org/fr/revues/psyedu/2021-v50-n2-psyedu06564/1084012ar.pdferudit
- https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2025/11/La-psychoeducation-perspectives-de-lavenir.pdfpierrepotvin
- https://institutdepsychoeducation.com/lhistoire-de-la-psychoeducation/institutdepsychoeducation
- https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/pratiques_emergentes_travail_social_et_developpement_social.pdfsante
- https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2025/11/La-psychoeducation-perspectives-de-lavenir.pdfpierrepotvin
- https://www.erudit.org/fr/revues/psyedu/2021-v50-n2-psyedu06564/1084012ar.pdferudit
- https://psyced.umontreal.ca/departement/quest-ce-que-la-psychoeducation/psyced.umontreal
- https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2018/06/%C3%89l%C3%A8ve.pdfpierrepotvin
- https://institutdepsychoeducation.com/lhistoire-de-la-psychoeducation/institutdepsychoeducation
- https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2018/06/%C3%89l%C3%A8ve.pdfpierrepotvin
- https://psyced.umontreal.ca/departement/quest-ce-que-la-psychoeducation/psyced.umontreal
- https://pierrepotvin.com/wp/wp-content/uploads/2025/11/La-psychoeducation-perspectives-de-lavenir.pdfpierrepotvin
- https://institutdepsychoeducation.com/lhistoire-de-la-psychoeducation/institutdepsychoeducation
- https://psyced.umontreal.ca/departement/quest-ce-que-la-psychoeducation/psyced.umontreal
- https://ordrepsed.qc.ca/ordre/historique/ordrepsed
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Article rédigé avec l’aide de perplexity.ai
