
Pendant mes 17 ans de vie monastique, j’ai particulièrement aimé la liturgie vécue au monastère et retrouver chaque année les différents « temps liturgiques » comme celui de l’Avent ! Je te partage ici un élément singulier qui est le chant des « grandes O » !
Les antiennes majeures de l’Avent, ou « antiennes O », sont chantées chaque soir aux Vêpres du 17 au 23 décembre, avant le Magnificat. Elles expriment l’attente ardente du Messie, chaque jour sous un nom biblique différent. Ces prières très anciennes remontent au VIIe siècle. Elles ont été composes dans le milieu monastique et constituent une très belle montée spirituelle vers Noël. Les initiales de chaque titre, lues à rebours, forment ERO CRAS (« Je viendrai demain »), comme une réponse du Christ à la prière de son Église à la veille de Noël.
Dans la liturgie actuelle, les antiennes grégorienne ne sont souvent pas chantées. Il est bon de le mettre en écho avec les oraisons de la messe du jour.
17 décembre — O Sapientia
| O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae. | Ô Sagesse, toi qui es sortie de la bouche du Très-Haut, atteignant d’un bout à l’autre avec force et douceur, tu disposes toutes choses avec ordre et mesure : viens nous enseigner le chemin de la vraie prudence. |
La Sagesse personnifiée, image du Verbe éternel, ouvre la série. Le Christ est la Sagesse divine par laquelle tout fut créé. Cette antienne nous invite à accueillir la lumière de Dieu pour ordonner notre vie selon la sagesse véritable.
Sources bibliques :
- Sagesse 7,22 – 8,1 : la Sagesse est décrite comme l’« esprit intelligent, saint, unique » qui « atteint avec force d’un bout du monde à l’autre et dispose toutes choses avec douceur ».
- Proverbes 8,22-31 : la Sagesse était « auprès de Dieu, artisan de ses œuvres ».
- Jean 1,1-3 : le Verbe (Logos) est identifié à cette Sagesse créatrice.
Sources patristiques :
Les Pères, notamment saint Irénée (Adversus Haereses, II,30) et saint Athanase, identifient la Sagesse à la Parole incarnée, le Christ :
« La Sagesse de Dieu, c’est le Verbe, par qui tout fut fait. » (Irénée)
Dans la liturgie, l’Église contemple le Christ comme la Sagesse préexistante de Dieu qui vient instruire les hommes.
Oraison du jour – Dieu, créateur et rédempteur des hommes, tu as voulu que ton Verbe éternel prenne chair dans le sein de la Vierge ; sois favorable à notre prière : que ton Fils unique qui s’est fait l’un de nous, nous donne part à sa vie divine. Lui qui règne.
18 décembre — O Adonai
| O Adonai et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento. | Ô Adonaï, Seigneur et Chef de la maison d’Israël, toi qui es apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent et lui as donné la Loi sur le Sinaï : viens nous racheter par la puissance de ton bras étendu. |
Le Nom révélé à Moïse manifeste le Dieu libérateur. Dans cette antienne, le Christ est reconnu comme Seigneur de l’Alliance, venu délivrer son peuple de l’esclavage. Dieu se manifeste non plus dans le feu, mais dans la chair du Fils, humble et proche.
Sources bibliques :
- Exode 3,1-14 : le Nom révélé à Moïse, « Je suis ».
- Exode 20,1-21 : le don de la Loi au Sinaï.
- Isaïe 33,22 : « Le Seigneur est notre juge, notre législateur, notre roi, c’est lui qui nous sauve. »
Sources patristiques :
Pour Origène, le buisson ardent est figure de l’Incarnation : Dieu brûle d’amour sans consumer la nature humaine.
Grégoire de Nysse voit dans Moïse l’image de l’homme attiré dans la nuée de Dieu :
« Plus il avance dans la lumière, plus il entre dans la ténèbre lumineuse de la connaissance de Dieu. »
Le Christ, nouvel Adonai, conduit son peuple hors de l’esclavage du péché.
Oraison du jour : Tu le vois, Dieu tout-puissant, nous ployons sous le péché qui a soumis l’homme à sa loi : apporte-nous la délivrance grâce au renouveau que nous attendons de la naissance incomparable de ton Fils bien-aimé. Lui qui règne.
19 décembre — O Radix Jesse
| O Radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare. | Ô Rameau de Jessé, étendard dressé pour les peuples, devant qui les rois garderont le silence et que les nations invoqueront : viens nous délivrer, ne tarde plus désormais. |
Jessé est le père de David. De cette souche jaillit un rameau : le Christ, signe de fidélité et d’espérance. Même quand tout semble mort, la vie renaît. Le rameau de Jessé symbolise le Christ qui rassemble les peuples dans la paix.
Sources bibliques :
- Isaïe 11,1-10 : « Un rameau sortira de la souche de Jessé… »
- Romains 15,12 : Paul cite ce passage pour annoncer le Christ comme espérance des nations.
- Apocalypse 5,5 : « Le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu. »
Sources patristiques :
Saint Jérôme, commentant Isaïe, souligne que Jessé est le père de David : le rameau représente le Christ qui renaît d’une lignée humaine apparemment éteinte.
Saint Augustin (Cité de Dieu, XVII,4) voit en ce rameau le signe de la nouvelle royauté spirituelle :
« De cette racine, Dieu a fait lever un Roi éternel dont le règne n’aura pas de fin. »
Cette antienne exprime la fidélité de Dieu à sa promesse malgré les apparences de mort.
Oraison du jour : Par le signe merveilleux de la Vierge qui enfante tu as fait connaître au monde, Seigneur, la splendeur de ta gloire ; aide-nous à célébrer le mystère de l’incarnation avec une foi sans défaut et dans l’obéissance du cœur.
20 décembre — O Clavis David
| O Clavis David et sceptrum domus Israel, qui aperis, et nemo claudit; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis. | Ô Clef de David et sceptre de la maison d’Israël, toi qui ouvres sans que nul ne puisse fermer, et fermes sans que nul ne puisse ouvrir : viens et tire de prison le captif, assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. |
La clef de David représente l’autorité du Christ sur le Royaume. Il détient la clef du salut et libère ceux qui sont prisonniers du péché. À l’approche de Noël, cette antienne appelle le Christ à ouvrir nos cœurs fermés.
Sources bibliques :
- Isaïe 22,22 : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David. »
- Apocalypse 3,7 : « Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David : il ouvre et nul ne ferme. »
- Luc 1,79 : « Pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort. »
Sources patristiques :
Pour saint Léon le Grand, la clef symbolise la puissance de miséricorde donnée au Christ : il ouvre les cieux à l’humanité.
Saint Ambroise interprète cette clef comme la croix : par elle, les portes du ciel sont ouvertes.
« Ceux que la mort tenait captifs, le Christ les délivre. » (Ambroise, De Incarnatione)
Oraison du jour : Tu as voulu, Seigneur, qu’à l’annonce de l’ange la Vierge accueille ton Verbe éternel, qu’elle soit remplie de la lumière de l’Esprit Saint et devienne le temple du Très-Haut ; aide-nous à devenir assez humbles pour faire comme elle ta volonté.
21 décembre — O Oriens
| O Oriens, splendor lucis aeternae et sol justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis. | Ô Soleil levant, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice : viens et illumine ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. |
Le mot ‘Oriens’ signifie ‘Orient’, le lieu du lever du soleil. Le Christ est la lumière du monde qui dissipe la nuit. Chantée au moment du solstice d’hiver, cette antienne annonce la victoire de la lumière sur les ténèbres.
Sources bibliques :
- Malachie 3,20 : « Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera. »
- Luc 1,78-79 : « Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, par lesquelles nous visite l’Astre d’en haut. »
- Jean 8,12 : « Je suis la lumière du monde. »
Sources patristiques :
Pour saint Ambroise, le Christ est le véritable Orient, car il ne se couche jamais :
« Le Christ est le soleil qui se lève sans jamais décliner. » (Exameron, IV,8)
Saint Grégoire le Grand voit dans la lumière du Christ celle de la Résurrection : l’Avent est la préparation à cette venue de lumière dans le monde obscur.
Oraison du jour : Que ta grâce, Seigneur notre Dieu, se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Lui qui règne.
22 décembre — O Rex Gentium
| O Rex Gentium et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem, quem de limo formasti. | Ô Roi des nations, objet de leur désir, pierre angulaire qui fais des deux peuples un seul : viens et sauve l’homme que tu as formé du limon de la terre. |
Le Christ est proclamé Roi universel. Pierre angulaire, il unit les peuples divisés et fonde la paix véritable. Cette antienne exprime le désir d’unité et de réconciliation que Noël vient accomplir.
Sources bibliques :
- Isaïe 9,5-6 : « Un enfant nous est né… sur son épaule est le signe du pouvoir. »
- Psaume 117,22 : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. »
- Éphésiens 2,14-20 : le Christ est « notre paix », « la pierre d’angle » qui unit Juifs et païens.
Sources patristiques :
Saint Augustin médite souvent cette image :
« En lui, deux murs se rejoignent : celui de la Loi et celui des nations. » (Sermon 36)
Saint Léon le Grand y voit l’universalité du salut : le Christ est roi non par domination, mais par union dans la charité.
Oraison du jour : Tu n’as pas supporté, Seigneur, que l’homme soit abandonné à la mort, mais tu as voulu le racheter en lui envoyant ton Fils unique ; accorde, nous t’en prions, à ceux qui s’inclineront devant l’enfant de Bethléem, de communier à la vie d’un tel Rédempteur. Lui qui règne.
23 décembre — O Emmanuel
| O Emmanuel, Rex et legifer noster, expectatio Gentium, et Salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine Deus noster. | Ô Emmanuel, notre Roi et notre Législateur, espérance des nations et leur Sauveur : viens nous sauver, Seigneur notre Dieu. |
Dernière antienne, sommet de l’attente : Dieu avec nous. Tout ce que l’Avent prépare trouve son accomplissement dans l’Incarnation. Dieu ne reste pas au loin : il vient habiter parmi les hommes, accomplissant la promesse du salut.
Sources bibliques :
- Isaïe 7,14 : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel. »
- Matthieu 1,23 : accomplissement de cette prophétie.
- Jean 1,14 : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
Sources patristiques :
Saint Irénée contemple dans ce nom le mystère de l’Incarnation :
« Ce que Dieu a promis par les prophètes, il l’a accompli dans le Christ : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » (Adversus Haereses, III,19)
Saint Augustin parle d’un Dieu « intérieur à moi-même, plus intime que mon intime » (Confessions, III,6).
Cette dernière antienne est le cri de l’Église à la veille de Noël : Dieu vient demeurer parmi nous.
Oraison du jour : Dieu éternel et tout-puissant, nous allons bientôt célébrer la naissance de ton Fils ; il a voulu prendre chair de la Vierge Marie, il s’est lié pour toujours à notre humanité : qu’il montre ta miséricorde aux pauvres serviteurs que nous sommes. Lui qui règne.
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