Transfert et contre-transfert

Le transfert et le contre-transfert sont des phénomènes relationnels puissants, souvent inconscients, qui influencent la qualité de la relation d’aide. Les reconnaître permet de mieux accompagner sans confusion des rôles. Un outil essentiel pour toute personne en posture d’écoute.

Il t’est peut-être déjà arrivé de ressentir une attirance inexpliquée, une méfiance soudaine, ou une émotion disproportionnée envers quelqu’un, sans comprendre d’où cela venait.
Ou peut-être, en tant que professionnel·le de la relation, as-tu remarqué que certains clients t’émeuvent plus que d’autres, ou au contraire, t’agacent sans raison apparente.

Ces phénomènes sont au cœur de deux notions fondamentales en psychologie : le transfert et le contre-transfert. Notre histoire, notre personne s’invite inconsciemment dans la relation.

L’origine de la notion de transfert

Le concept de transfert a été introduit par Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, à la fin du XIXe siècle. Freud observait que ses patient·es ne réagissaient pas seulement à ses interventions en tant que thérapeute, mais semblaient lui attribuer des sentiments puissants et parfois contradictoires : amour, haine, peur, admiration.
Il a compris que ces émotions ne s’expliquaient pas par la situation présente, mais qu’elles étaient le déplacement de sentiments inconscients liés à des figures importantes du passé, souvent les parents.

C’est ce phénomène qu’il a appelé transfert : une forme de répétition inconsciente de relations passées, rejouées dans le cadre thérapeutique. À l’époque, Freud considérait le transfert comme un obstacle au travail analytique. Mais il a rapidement reconnu qu’il était en réalité un outil majeur, car ce qui se rejoue dans la relation permet aussi de guérir, à condition d’en prendre conscience.

Qu’est-ce que le transfert aujourd’hui ?

Le transfert, dans une acception élargie, désigne la projection inconsciente de son passé affectif sur une personne présente, souvent dans un cadre relationnel asymétrique : thérapeute, coach, éducateur, médecin, manager…
Il est important de noter que le transfert n’est pas un dysfonctionnement, mais un processus humain naturel.
Nous interprétons tous les relations à travers notre histoire, nos blessures, nos manques ou nos espoirs. Le transfert devient problématique s’il est ignoré, nié, ou s’il conduit à des confusions de rôle.

Le transfert peut prendre des formes très variées : idéalisation (tu es parfait·e !), dépendance affective, méfiance excessive, agressivité, besoin d’être sauvé·e, etc.

Et le contre-transfert ?

Le contre-transfert est la réaction émotionnelle de l’accompagnant face à ce que la personne transférée projette sur lui ou elle.
Freud en parlait comme d’un obstacle potentiel, mais c’est Carl Gustav Jung, puis d’autres analystes comme Heinrich Racker ou Donald Winnicott, qui ont enrichi cette notion pour en faire un outil précieux d’écoute intérieure du professionnel.

Le contre-transfert peut être conscient (je sens que je suis touché·e par cette histoire) ou inconscient (je deviens impatient·e, je cherche à plaire, je me sens sauveur·se, etc.).
L’enjeu n’est pas de l’éviter, mais d’en être suffisamment conscient·e pour ne pas confondre ce qui m’appartient avec ce qui appartient à l’autre.

Ce discernement demande du recul, de l’humilité et souvent, un lieu pour déposer ce qui est vécu : la supervision. Elle permet de revisiter la relation en prenant en compte ce qui se joue à différents niveaux, sans être seul·e avec ces ressentis.

Pourquoi ces notions sont-elles si importantes ?

Le transfert et le contre-transfert sont des dynamiques puissantes. Ignorés, ils peuvent entraîner des malentendus, des surimplications, des ruptures de cadre ou des projections toxiques. Mais accueillis avec lucidité et travail sur soi, ils deviennent des révélateurs puissants. Ils nous parlent de ce qui est vivant dans la relation, de ce qui se rejoue, de ce qui cherche à être réparé ou transformé.

Même en dehors du cadre thérapeutique, ces concepts sont utiles : dans la vie quotidienne, au travail, dans la parentalité… nous ne sommes jamais complètement neutres. Apprendre à reconnaître ces dynamiques, c’est se donner la chance d’être plus libre dans nos relations, plus présent·e à l’autre et à soi.

Et en coaching ?

Le coaching n’est pas un lieu d’analyse du passé, mais les effets de transfert s’y manifestent aussi. Le coach peut être vu comme une figure idéalisée, parent de substitution, autorité salvatrice ou même repoussoir.
S’il n’en prend pas conscience, il risque de répondre inconsciemment à ces attentes, au lieu de maintenir une posture juste, claire et non fusionnelle.

Inversement, le coach peut aussi vivre des résonances personnelles avec l’histoire du client, qui viennent affecter sa posture. D’où l’importance, là aussi, de la supervision et d’un bon ancrage personnel.
La reconnaissance du transfert/contre-transfert en coaching ne veut pas dire que l’on « fait de la thérapie », mais que l’on reste lucide sur la puissance des liens humains, même dans une démarche orientée vers l’action.

En résumé

Le transfert et le contre-transfert ne sont pas des problèmes à éviter, mais des réalités à apprivoiser.
Ils nous invitent à développer une vigilance bienveillante, une capacité à observer ce qui se passe dans la relation, et à grandir avec elle.

Ces notions, quand elles sont intégrées, permettent de mieux accompagner l’autre… mais aussi de mieux se connaître soi-même.

POUR ALLER PLUS LOIN –

Sigmund FREUD, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, coll. Folio Essais. Freud y développe le concept de transfert, notamment dans la 27e conférence. 📌 À lire pour l’origine historique.

Heinrich RACKER, Études sur le contre-transfert, Payot, 2000 (ou « Le contre-transfert » dans d’autres éditions). Racker est un des premiers à théoriser le contre-transfert comme outil d’analyse. 📌 Lecture importante si tu veux approfondir.

✅   Donald WINNICOTT, Jeu et réalité, Gallimard, 1971. Il n’aborde pas le transfert au sens freudien strict, mais parle du lien thérapeutique, du holding, de l’espace transitionnel. 📌 Intéressant pour comprendre la relation dans le soin.

Irvin D. YALOM, Le bourreau de l’amour, Albin Michel, 1989. Ce recueil de cas met en lumière les dynamiques transférentielles dans une approche existentielle.
📌 Très lisible, accessible.

Laisser un commentaire