
source image : pixabay.com -> Représentation de la Dormition de la Mère de Dieu
Aujourd’hui, 15 août, nous fêtons la solennité de l’Assomption, l’élévation de Marie – corps et âme – auprès de Dieu. Quel est le sens de cette fête ? En quoi cela nous concerne ?
L’Assomption et la Dormition : deux noms, un même mystère –
L’Église catholique parle d’Assomption (du latin assumptio : « action d’enlever, d’élever »), tandis que les orthodoxes célèbrent la Dormition (du grec koímēsis : « endormissement »). Deux mots pour dire une même réalité : la fin de la vie terrestre de Marie et son entrée, corps et âme, dans la gloire de Dieu.
- L’Assomption (Occident) affirme que Marie, « ayant achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste ». Dieu élève Marie dans le ciel, qui devient ainsi la première personne humaine à être élevée dans la gloire de Dieu, à être ressuscitée.
- La Dormition (Orient) évoque plutôt un passage paisible, comme un sommeil d’où elle se réveille dans la lumière. Les icônes orthodoxes la montrent souvent entourée des apôtres, son corps reposant sur un lit, le Christ tenant son âme emmaillotée comme un nouveau-né – symbole de sa renaissance dans la gloire.
Mais d’où vient cette croyance ?
Les Écritures n’en parlent pas. Dès les premiers siècles, les Pères de l’Église évoquent la fin terrestre de Marie. Saint Épiphane de Salamine (IVe s.) atteste que « personne ne sait comment elle est morte » (Panarion, 78,11), mais affirme sa virginité perpétuelle et son rôle unique. Saint Jean Damascène (VIIIe s.), dans ses Homélies sur la Dormition, décrit une scène où les apôtres, miraculeusement réunis, assistent à son « endormissement » (koímēsis), suivi de sa résurrection et de son élévation au ciel. Pour lui, ce n’est pas une simple mort, mais un passage : « Il convenait que celle qui avait porté le Créateur dans son sein soit aussi portée par Lui dans la gloire » (Homélie II sur la Dormition). Au Ve siècle, avec des récits apocryphes (comme le Transit de Marie) décrivant sa « mort » suivie d’une résurrection immédiate. Saint Grégoire de Tours (VIe s.) rapporte une tradition selon laquelle Marie aurait été « enlevée par les anges » (Gloire des martyrs, 4), tandis que Saint Germain de Constantinople (VIIe s.) insiste sur son corps incorruptible, préfigurant la résurrection des justes. Ces textes, sans être dogmatiques, révèlent une intuition commune : Marie, Theotokos, c’est-à-dire « Mère de Dieu » ne pouvait connaître la corruption du tombeau.
Pie XII proclame le dogme de l’Assomption en 1950 en lien avec l’Immaculée Conception: « Marie, l’immaculée Mère de Dieu, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste. » Constitution Munificentissimus Deus.
Marie, première des rachetés : quel sens pour nous ?
La proclamation de ce dogme répond à une question fondamentale : que devient notre humanité après la mort ? En Marie, l’Église voit la réponse : notre corps n’est pas un déchet, mais une promesse. En ce temps, où beaucoup croit à la réincarnation, ce n’est pas ce que proclame notre foi chrétienne : nous croyons en l’Incarnation – que Dieu s’est fait chair en Jésus – et en la résurrection de nos âmes et de nos corps. L’Assomption n’est pas une exception réservée à Marie. C’est une anticipation de ce qui nous attend tous.
- Notre corps a de la valeur l’Assomption rappelle que la matière est sacrée. Le corps de Marie, comme le nôtre, est marqué par la fatigue, les larmes, la vieillesse. Pourtant, il est assumé par Dieu. Comme si le Créateur nous disait : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger – pas même votre poussière. »
- L’incarnation accomplie À Noël, Dieu prend un corps. À Pâques, ce corps ressuscite. À l’Assomption, un corps humain (celui de Marie) est déjà dans la gloire. C’est la preuve que l’Incarnation n’était pas un accident, mais le début d’une transformation du monde.
- « Le Verbe s’est fait chair » (Jean 1,14) → « Et la chair est devenue éternelle. »
- Si le Christ est la tête, Marie est le premier fruit de cette rédemption totale.
- Une espérance pour nos limites Marie n’a pas échappé à la mort (la Dormition le souligne), mais elle a traversé ce passage sans corruption. Pour nous, c’est une promesse : nos faiblesses, nos maladies, nos échecs ne sont pas des impasses. « Ce qui est semé dans la corruption ressuscite dans l’incorruptibilité » (1 Co 15,42).
Et toi, en quoi cette fête de l’Assomption te rejoint ? Est-ce que tu vois ton corps comme un poids ou un chemin vers Dieu et vers tes sœurs et frères en humanité et toute la Création ?
